C'est en lisant l'anthologie de Science-fiction "Escales sur l'horizon" ed. Fleuve Noir que je suis tombé sur la nouvelle écrite par Jean-Jacques Nguyen "L'amour au temps du silicium". Coup de foudre immédiat. Je suis fan de SF cyberpunk et hardscience, mais souvent le réalisme documenté des auteurs anglo-saxons qui sont pour la plupart des scientifiques de formation, se fait au détriment du souffle épique ou romanesque. La nouvelle de Jean-Jacques avait non seulement un univers technologique crédible, mais surtout de la chair.
En tant que scénariste, je suis porté à développer des personnages, dans l'idée de raconter une histoire, ce qui m'emmène tout de suite vers le long-métrage. Avec "L'amour au temps du silicium", je venais de trouver une histoire formidable, bouclée sur un format suffisamment long mais pas trop pour faire exister des personnages et un univers de SF. Ce ne serait pas un court-métrage avec une simple idée, un gimmick ou une chute. Ce serait un film. Un film tout simplement. Y avait plus qu'à...

Les décors
Dès la première version du scénario, j'ai commencé à travailler avec Fabien Ouvrard, un graphiste/storyboardeur pour élaborer l'univers visuel du film, ce qui m'a permis ensuite de retravailler mon scénario pour le nourrir de ce visuel. Il était important aussi de présenter des éléments de stylisme avec le scénario car je savais très bien que ce serait difficile de convaincre les décideurs qu'il était possible de réaliser un moyen-métrage de SF de cette importance. D'ailleurs, la plupart des producteurs contactés, bien que séduits par le scénario, ont préféré ne pas produire pensant que le pari n'était pas jouable.
Quand Isabelle Madelaine, productrice de Fidélité prod pour les courts-métrages a dit banco, je suis alors entré dans la phase active de préparation. Le plus gros chantier était bien sûr celui de la déco. La chambre de l'hôpital NewLife et l'appartement de Thomas Steiner sont des décors construits. Jérémie Duchier, le chef décorateur a conçu ces deux décors en apportant des idées très innovantes. J'avais à coeur de ne pas plagier le stylisme d'un autre film, mais au contraire d'apporter ma vision artistique. Coup de chapeau à son équipe qui a travaillé plus d'un mois sur la construction.
Il ne faut pas oublier non plus tout le reste du film tourné en décors naturels que Jérémie a su adapter en faisant des miracles avec le peu de moyens dont il disposait.


Les costumes
Les costumes sont un autre pari artistique très risqué sur un film de science-fiction.
Il est très facile de glisser dans le ridicule et c'est toute la crédibilité de l'univers proposé donc de l'histoire qui s'écroule...
Là encore, il y avait pas mal de travail entre les costumes pour les membres du Cercle, les costumes pour le Hors-Cercle, pour le personnel médical de NewLife et les clients virtuels du Hacker's Bar.
Anne Micolod a fait un travail remarquable. Notamment sur les costumes pour les membres du Cercle.
Je cherchais des costumes qui étaient censés être l'équivalent du costume trois-pièces d'aujourd'hui. Une sorte d'uniforme pour la classe dirigeante mais griffé par des grandes marques, standing oblige. Anne a eu l'idée formidable de la veste de costume qui aurait évolué vers une sorte de cape. Elégance de la ligne et liberté de mouvement, Superbe.

Les effets spéciaux
Troisième élément de ce que j'appelle la trilogie qui permet à un film de SF de tenir debout: les Effets Spéciaux numériques. Ils ont été fabriqués par la société "la Maison". Bruno Maillard, graphiste et concepteur des effets a travaillé sur Inferno pour intégrer ceux-ci dans le film. Le matte-painting numérique en ouverture du film était un gros morceau. Pas question de faire un matte 3D de Paris... donc c'est un mix de matte 2D avec des éléments 3D pour le métro aérien. Bruno y a ajouté le petit plus qui fait la différence: le travelling numérique.
Le franchissement d'un mur de végétation holographique par Thomas est aussi un bel exemple du talent de Bruno. Moins spectaculaires mais tout aussi efficaces, les plans du Hacker's bar gérant Thomas et son double, ainsi que l'attaque du virus qui rampe sous la peau de Kazo ou mes petits SMS virtuels ailés. Toute ma reconnaissance et mon admiration pour Bruno et l'équipe de La Maison, Myriam, Bénédicte, Luc, Gaelle,...