L'affaire Seznec, ça vous dit quelque chose, mais vous ne savez plus très bien...
Retrouvez les éléments de l'Affaire en parcourant cet abécédaire.
Affaires
Les affaires ont rapproché les deux hommes. Les mauvaises langues disaient que Guillaume Seznec et Pierre Quéméneur avaient tous deux le goût des affaires, la différence étant que Quéméneur les réussissaient, Seznec les manquaient.
La vérité est plus nuancée. La guerre de 14/18 a permis à Quéméneur d'amasser rapidement une fortune dans le commerce du bois. Seznec s'est enrichi grâce à sa blanchisserie, mais pas dans les proportions de Quéméneur.
A noter que si les deux hommes se connaissaient depuis quelques années, ils n'avaient jamais été "en affaire" ensemble avant d'entreprendre ce voyage à Paris.
Arme de crime
Il n'y en a pas. Si Quéméneur a été tué, on ne sait pas comment ni avec quelle arme.
Aveux
Jusqu'à sa mort, Guillaume Seznec ne fera aucun aveu.
Cadavre
Il n'y en a pas. Le corps de Pierre Quéméneur, s'il a été tué, n'a jamais été retrouvé.
Cadillac
La voiture dans laquelle Seznec et Quéméneur prirent la route le 25 mai 1923 pour se rendre à Paris, était une Cadillac.
A la fin de la guerre de 14/18, l'armée américaine est rentrée au pays en laissant en France la majeure partie de ses matériels. La France s'était engagée à racheter le stock pour que les USA n'aient pas à le rembarquer. Ses stocks ont été ensuite vendus par les Domaines attirant de nombreuses convoitises à l'idée de faire de juteuses affaires. Cela allait des bottes aux cercueils en passant par les tentes, couvertures, voitures, avions, etc... Parmi tous les véhicules, les Cadillac étaient très recherchées.
La rumeur a alors circulé que la jeune Union Soviétique manquait cruellement de tout et notamment de véhicules qu'elle cherchait à se procurer par tous les moyens possibles. Il y aurait donc eu un trafic de Cadillac vers la Russie. Quéméneur semble en tout cas y avoir cru puisqu'il se met à rechercher des Cadillac dans toute la Bretagne et au-delà. Seznec était aussi au courant des divers trafics autour des véhicules des stocks américains. Il en a parlé abondamment dans ses premiers interrogatoires. Quéméneur comptait sur lui pour s'occuper de l'aspect pratique et matériel de l'affaire en rassemblant les voitures et en veillant qu'elles soient en état d'être revendues.
Chronologie
1923...
25 mai vers 5h00 du matin : Seznec et Quéméneur partent de Rennes pour Paris à bord de la Cadillac.
28 mai vers 4h 00 du matin : Guillaume Seznec rentre seul chez lui avec la Cadillac.
4 juin : Jenny Quéméneur rend visite à Seznec pour prendre des nouvelles de son frère.
10 juin : Me Pouliquen, Louis Quémeneur et Guillaume Seznec se présentent au commissariat de police de Rennes pour signaler la disparition de Pierre Quéméneur.
13 juin : Jenny reçoit un télégramme du Havre : "Ne rentrerai Landernau que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quéméneur."
20 juin : la valise de Quéméneur est retrouvée à la gare du Havre.
22 juin : le parquet de Brest ouvre une information judiciaire.
28 juin : Seznec est convoqué à Paris par la Police.
6 juillet : lors d'une troisième perquisition, la police découvre la machine à écrire chez Seznec.
7 juillet : le juge d'instruction de Brest notifie un mandat d'arrêt contre Guillaume Seznec. Il est inculpé, 1) d'avoir dans la nuit du 25 au 26 ami 1923 et dans un lieu à définir, commis un assassinat sur la personne du sieur Quéméneur Pierre. 2) d'avoir, soit à Landerneau, Brest ou tout autre lieu,le 22 mai 1923, commis un faux en écriture privé sur deux originaux sous seing privés, contenant promesse de vente d'un immeuble situé à Plourivo (Côtes-du-Nord)par contrefaçon d'écriture ou signature.
Clan
Les deux familles étaient très unies. Très vite l'affaire a tourné à un affrontement entre le clan Seznec, emmené par Marie-Jeanne, la femme de Seznec, et le clan Quéméneur, emmené par Me Pouliquen.
Dollars
La blanchisserie de Guillaume Seznec a lavé le linge des soldats américains pendant la guerre de 14/18. Les américains payaient bien et en dollar-or en plus.
Seznec affirme avoir payé une partie de l'achat de Traou-Nez, la propriété de Quéméneur à Plourivo, en dessous de table avec 4040 dollars (environ 60 000 francs) qu'il aurait donnés à Quéméneur le 22 mai 1923 à Brest.
Evasion
Le 30 août 923, Guillaume Seznec a tenté de s'évader de la prison de Creach-Joly. Cela ressemblait à un acte désespéré. Quand il fut maîtrisé par le gardien-chef Chipot, Seznec s'écria:" Tuez-moi ! Tuez-moi !
Faux témoins
Pendant la détention de Seznec avant le procès, des échanges de lettres avec sa femme Marie-Jeanne, prouvent que Seznec chercha à se procurer des faux témoignages pour avoir un alibi le 13 juin 1923 et prouver ainsi qu'il n'est pas allé au Havre.
Kahn
Me Kahn est l'avocat de Seznec. Au départ c'est Me Moro-Giafferi, un ténor du barreau parisien qui devait le défendre, mais celui-ci entra au gouvernement comme sous-secrétaire d'état chargé de l'enseignement technique. Il n'était donc plus en mesure de plaider. Il décida alors de charger son collaborateur Me Kahn d'assurer la défense de Seznec. Pour Me Kahn, c'est son premier procès d'assises.
Labigou, Angèle
Personnage haut en couleur, Angèle Labigou est la servante de la famille Seznec. Elle soutiendra son patron jusqu'au bout, et fit le spectacle pendant le procès par sa gouaille et son franc-parler.
Le Havre
La ville d'où est parti le faux télégramme de Quéméneur le 13 juin 1923.
La ville où a été retrouvée la valise de Quéméneur dans la salle d'attente des troisièmes classes de la gare.
L'accusation affirme que Seznec est venu en train au Havre le 13 juin pour acheter une machine à écrire chez Mr Chenouard et poster le faux télégramme. L'accusation s'appuie sur les témoignages de Mr Chenouard, des employés du magasin, de clients et de voyageurs, notamment Mrs Le Grand et de Hainault qui auraient voyagé dans le même train et même compartiment que Seznec et l'auraient retrouvé dans la boutique de Mr Chenouard.
Toujours selon l'accusation, Seznec serait revenu le 20 juin pour déposer la valise à la gare du Havre.
Guillaume Seznec a toujours nié être allé au Havre. Il n'a cependant jamais pu fournir un alibi correct pour les journées du 13 et du 20 juin 1923.
Machine à écrire
La machine à écrire Royale n°10 a été retrouvée le 6 juillet 1923 chez Seznec dans un hangar lors d'une troisième perquisition.
C'est cette machine qui aurait servi à taper la promesse de vente de Traou-Nez. Seznec l'aurait achetée le 13 juin 1923 au Havre dans le magasin de Mr Chenouard.
Mobile du crime
D'après l'accusation, Seznec a tué Quéméneur pour le dépouiller des 60 000 francs qu'il allait récupérer à Paris à la Poste et de sa propriété de Traou-Nez en fabriquant une fausse promesse de vente.
Mystère
L'affaire Seznec demeure un mystère, essentiellement dû à la quasi absence de preuves matérielles, à part la machine à écrire qui elle-même fait polémique. L'essentiel des arguments de l'accusation repose sur des témoignages.
Comme une poupée russe, l'affaire Seznec renferme d'autres petits mystères :
- Qu'est devenu le cadavre de Quéméneur ?
- Les dollars de Seznec existent-ils ? Que sont-ils devenus ?
- Le trafic de Cadillac a-t-il existé ?
- Qui est venu réclamé le chèque de 60 000 francs à la poste restante ?
- la photo anthropométrique de Seznec et son oeil fermé.
... et tant d'autres questions sans réponses.
Notable
Guillaume Seznec et Pierre Quéméneur ont en commun d'être nés tous les deux dans des familles de modestes paysans bretons. Tous les deux ont eu assez vite envie de s'extraire de ce milieu à tout prix en tentant leur chance dans diverses activités.
Quéméneur réussira dans le commerce de bois, Seznec dans la blanchisserie et la scierie. Pourtant Quémeneur se fera accepter des notables de sa région pour en devenir un à part entière en entamant une carrière politique alors que Seznec, lui, ne sera jamais considéré comme un notable, ni accepté par ceux-ci. Est-ce dû à son caractère farouche ? Ou bien parce qu'il n'est pas de Morlaix, mais de Plomodiern ? Toujours est-il qu'il aura beau revendiquer sa réussite de "maitre de scierie", Seznec sera toujours présenté comme un mercanti alors que Quéméneur sera le notable respectable. C'est pourtant bien Quéméneur qui a le mieux réussi en affaires.
Pouliquen, Jean
Me Jean Pouliquen a épousé Marianne Quéméneur, soeur de Pierre. Celui-ci avait le sens de la famille puisqu'il a prêté à son beau-frère 160 000 francs pour qu'il puisse acheter son étude de notaire et s'installer à Pont-l'Abbé.
Me Pouliquen désapprouvait la relation de Quéméneur avec Seznec. Il a essayé de le dissuader de se mettre en affaire avec lui.
Le 24 mai 1923,Quémeneur a demandé à Me Pouliquen de lui rembourser 60 000 francs avant de partir avec Seznec à Paris pour vendre la Cadillac, car il avait besoin de liquidités et sa banque lui avait refusé un prêt.. C'est le chèque adressé poste restante à Paris que Quéméneur n'est jamais venu chercher.
Quand Quéméneur a disparu, Me Pouliquen a immédiatement soupçonné Seznec de l'avoir tué. Il a fait sa propre enquête et même engagé un détective privé., abreuvant la police de notes et de lettres incriminant Seznec.
Procès
Seznec avait un caractère difficile. Quand il s'estimait lésé dans une affaire, il refusait de payer ces créanciers ce qui lui a valu plusieurs procès... qu'il a tous perdus.
Promesse de vente
Elle concerne la vente de la propriété de Traou-Nez par Quéméneur à Seznec pour la somme de 35 000 francs. Seznec justifia la somme dérisoire par le dessous de table en dollars qu'il a donné à Quéméneur.
Deux exemplaires existent. Seznec en possédait un chez lui. L'autre exemplaire fut retrouvé dans la valise de Quéméneur.
Il apparaît que cette promesse est un faux. Ce n'est pas Quéméneur qui l'a annotée et signée.
Quéméneur, Jeanne dit "Jenny"
Jenny, soeur de Pierre Quéméneur, habitait à Ker-Abri avec lui. Elle était célibataire et tenait la maison de frère, célibataire comme elle.
Quéméneur, Louis
Frère de Pierre Quéméneur. Il s'occupait du domaine de Traou-Nez à Plourivo.
Quéméneur, Pierre
Pierre Quéméneur (Quéméner pour l'état civil)est né le 19 août 1877 à Commana, commune du Finistère, fils de Yves Quéméner et Catherine Stéphant qui possédaient une ferme.
En 1903, il vend la ferme pour acheter un débit de boissons à Sizun. Il a le sens du commerce, essaie de vendre un peu de tout et se lance dans le commerce du bois.
La guerre de 1914-18 est une aubaine pour lui. Mobilisé dans le génie, il est chargé de l'approvisionnement en bois. Il en profite pour faire fructifier son négoce et devient riche en fournissant à l'armée française poteaux et planches pour les tranchées ainsi que des baraquements pour la base américaine.
Cela lui permet en 1919 de s'offrir Ker-Abri, une belle demeure à Landerneau. Il y vit en célibataire avec sa soeur Jeanne.
Il se lance en politique en étant élu conseiller général du canton de Sizun.
Pierre Quéméneur est décrit par son entourage comme un homme affable, courtois et bon vivant.
Scène de crime
Il n'y en a pas. On ne sait pas où Quéméneur a été tué dans la nuit du 25 au 26 mai 1923... s'il a été tué.
Seznec, Guillaume
Guillaume Seznec est né le 1er mai 1878 à Plomodiern, commune du Finistère, fils de Yves Seznec et Marie-Anne Colin qui possédaient une ferme de 40 ha.
En 1906, il épouse Marie-Jeanne Marc, fille d'un marchand de graines. Ils auront quatre enfants ensemble : Marie, Guillaume, Jeanne et Albert.
Mobilisé à Brest en 1914, il crée en 1915 une blanchisserie. Les clients ne manquent pas. Des soldats de tous pays débarquent à Brest. Et puis en 1917 débarquent les soldats américains. Seznec obtient le marché du linge américain. Ils paient en dollars or et trois fois mieux que l'armée française !
En 1919; Guillaume Seznec s'installe avec sa famille à Traon-ar-Velin à côté de Morlaix. Il y transfère d'abord son commerce de blanchisserie, puis devient "maître de scierie" en se lançant dans le négoce du bois.
Guillaume Seznec est décrit par son entourage comme un bon père de famille, un homme pieux, mais au caractère difficile. Il est rude, volontiers tête dure et ne fait aucun effort pour arrondir les angles.
Seznec, Marie-Jeanne
Femme de Guillaume Seznec. Quatre enfants naquirent de leur union : Marie, Guillaume, Jeanne et Albert. Elle défendit son mari jusqu'à son dernier souffle comme une passionaria.
Télégramme
Deux semaines après la disparition de Pierre Quéméneur, Jenny, sa soeur, reçoit le télégramme suivant : "Ne rentrerai Landernau que dans quelques jours.Tout va pour le mieux. Quéméneur."
Le télégramme a été envoyé de la poste du Havre le 13 juin 1923 à 16h30.
Témoins de survie
On appelle "témoins de survie", les témoins qui se sont manifestés pendant l'enquête et qui ont affirmés qu'ils avaient vu Pierre Quéméneur vivant, après le 26 mai 1923, c'est-à-dire après la date de sa disparition.
Ils sont au nombre de quatre :
Me Danguy des Déserts,
Mr Le Berre,
Mr Lajat,
Mr François Le Her.
Témoins du crime
Il n'y a pas de témoins du crime, s'il a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 mai 1923.
Traou-Nez
Belle propriété de 90 hectares située à Plourivo à côté de Paimpol dans les Côtes d'Armor, appartenant à Pierre Quéméneur.
Traou-Nez est l'objet de la fameuse promesse de vente retrouvée dans la valise de Quéméneur.
Valise
La valise de Pierre Quéméneur est retrouvée le 20 juin 1923 à la gare du Havre dans la salle d'attente des troisièmes classes sous une banquette.
Elle porte des traces de boue et de sable de mer. Elle a séjourné dans l'eau.
Parmi les effets personnels de Quéméneur, elle contient un carnet dans lequel Quéméneur notait ses frais et la fameuse promesse de vente qui engage celui-ci à vendre sa propriété de Plourivo à Guillaume Seznec.
Voyage à Paris
Le 25 mai 1923 à 5h du matin, Guillaume Seznec et Pierre Quéméneur partent de Rennes pour Paris en Cadillac.
La voiture est en mauvaise état, de nombreuses pannes et crevaisons vont faire de ce voyage un calvaire pour les deux hommes. Pour Seznec surtout qui s'occupe de toutes les réparations, et pour Quéméneur qui craint d'arriver en retard à son rendez-vous.
Vers 16h , la Cadillac arrive à Dreux. Réparation au garage Hodey. Les deux hommes repartent vers 20 heures.
Nouvel arrêt à Houdan pour acheter une lanterne chez le quincaillier Jeangirard et l'accrocher à l'arrière de la Cadillac dont les feux sont défaillants. Seznec et Quéméneur en profitent pour diner à l'hôtel restaurant "Le Plat d'Etain". Ils repartent et font fausse route en déboulant dans la cour de la gare de Houdan où la Cadillac heurte une barrière.
Vers 23 heures, Mr Dectot aperçoit la Cadillac arrêtée sur la route nationale 12 à proximité de La Queue les Yvelines. Guillaume Seznec est seul...